Durant l’entre-deux tours de l’élection présidentielle, retrouvez du lundi au samedi à 20h mon journal de campagne en douze parties sur ce blog.

En ce 20 décembre, j’étais chez mes parents, à Grenay. Assez rare pour être souligné. Dans ma

chambre d’enfant, je regardais, tard dans la soirée, le direct de l’Hémicycle. L’Assemblée nationale, présidée par Jean-Christophe Lagarde ce soir-là, ne comptait que quelques dizaines de députés en son rang, et le vote de l’article premier du projet de loi organique relatif à l’élection des députés ne prit que quelques instants. Ces instants furent, pour moi, chargés d’émotions. Et pourtant…

Je compris d’instinct qu’il fallait enclencher la deuxième si je voulais que

la jeunesse soit entendue. A l’époque, nul indigné ou révolution de jasmin ne pointaient à l’horizon, ce thème était le parent-pauvre du débat politique. Je fis parvenir donc, le lendemain matin, une déclaration à l’Agence France Presse pour féliciter le vote des députés et lancer ce débat. Le retour aux sources fut donc raccourci dans l’urgence, car il fallait que j’intervienne le 22 décembre au matin chez Yves Calvi, sur les ondes de RTL.

Ce 21 décembre 2010, j’ai appelé mes proches amis, parents et compagnons de route pour leur demander leur avis, leur soutien. A peine arrivé, en pleine nuit, à la Gare de Lyon (la parisienne), je m’attablais au bien-nommé café l’Européen pour déguster une andouillette (bien lyonnaise) et préparer ce qui serait ma déclaration de candidature, avec un ami partageant mon sens de l’engagement. Coulant sous notre plume, l’appel à un Serment des Jeunes de Paume prenait vie.

Le lendemain, à 6 heures, il était prêt à être diffusé sur Internet, dans les associations, les rédactions… Un site Internet était mis en ligne pour recueillir les propositions des jeunes de tous les âges. Je pris le bus pour rejoindre la rue Bayard. Ce Paris se réveillant, sous les couleurs de l’aurore, puis du soleil qui se lève, m’avait semblé aussi fort que ma détermination à faire bouger les lignes, à mettre fin à l’injustice flagrante de tant de jeunes qui ne peuvent accéder à leur vocation, ici et maintenant.

En arrivant près du « bocal », le grand studio, je rencontrai Yves Calvi et les journalistes de RTL mais aussi l’invité politique du jour. Il s’agissait de François Hollande, tout sourire. Nous étions heureux de nous retrouver. Lui, le député qui avait déposé une proposition de loi pour l’éligibilité à 18 ans quelques mois auparavant. Nous échangeons à nouveau nos contacts pour se recroiser au fil des mois à venir. Il n’était pas encore candidat aux primaires mais commençait sa campagne. Moi aussi.

J’annonçai en direct, vers 8h20, ma candidature à l’élection présidentielle qui, manifestement, surprit ceux qui étaient autour de moi. Mais, comme avait su me le dire une amie à qui je demandais conseil quelques jours plus tôt : « c’est si tu n’y allais pas que tu me surprendrais ».

La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. J’avais des rendez-vous dans les jours qui suivaient chez des éditeurs, pour publier mon manifeste, des associations et des institutions, pour discuter de la situation de la jeunesse et des propositions à défendre, des personnalités et des chercheurs, pour comprendre et agir. Je venais de rentrer dans un tourbillon qui allait m’emporter et aspirer mon énergie, et celle de mes proches, pendant seize mois.

Si je m’étais dit, comme dans l’institution oratoire de Quintilien, que « du commencement on peut augurer la fin », je n’aurai rien changé de ce qui a suivi 75 semaines durant. Cette campagne qui prenait ses marques allait être un chantier, une aventure, une rencontre comme j’en souhaite à tous. Il y a des gagnants, et des perdants. Mais ils ne sont pas toujours où l’on croit.