14 avril 2012

Continuer la France : le défi de la jeunesse française

Depuis le 14avril 2011, au lieu de 23 ans révolus, chaque citoyen peut être candidat à l’él

ection présidentielle et législative. Paradoxalement, la jeunesse n’intéresse pas plus que cela. En cette veille de présidentielle, les candidats n’en ont pas fait une priorité nationale. Alors, qu’on les laisse défendre leurs idées eux-mêmes à l’Assemblée nationale ! Que les élections législatives soient l’occasion d’élire de jeunes députés qui, à défaut de ne pas avoir pu compter sur des aînés trop égoïstes ou déconnectés, soulèveront eux-mêmes les problèmes qui les concernent et engagent l’avenir du pays dont ils seront bientôt responsables : l’école, l’orientation, l’emploi, le désendettement, l’Europe politique. C’est possible, nécessaire et urgent.

L’oubli des jeunes n’est rien d’autre que l’illustration gravissime de l’impréparation de la nation face aux défis de demain. Résultat : domine une démocratie sans souffle, sans imagination, repliée sur ses peurs et ses conservatismes, à l’image de cette campagne présidentielle atone, où la plupart des candidats, rompus à des décennies de manœuvres politiques, n’ont plus rien à dire, offrant la lutte contre les déficits pour seule perspective, la rigueur pour seul horizon, la démondialisation pour seul système de défense.

Même si le suffrage n’est pas nécessairement générationnel, il ne faudra pas s’étonner, dans ces conditions, si les jeunes citoyens, encore une fois, plébiscitent l’abstention, voire l’extrême droite. Voter pour

l’extrême droite quand on a 20 ans, ce n’est pourtant pas anodin. Dans peu de temps, la génération précaire, qui compte 25 % de chômeurs, sera une génération Le Pen.

Car la crise, qui n’a pas commencé en 2008 mais à la fin des Trente Glorieuses, est le symbole de l’échec d’une génération qui refuse de donner sa chan

ce à la génération suivante. Or, dans une démocratie, tous les concitoyens doivent pouvoir être entendus, en particulier les jeunes. Quand auront-ils leur mot à dire ? À force d’attendre, la jeunesse française, la plus pessimiste d’Europe, perdra jusqu’à sa capacité de s’indigner.

Comment changer la société quand on n’arrive même pas y entrer ? Quelle est cette République, la plus aboutie de toutes, qui n’offre désormais que l’exil, au Qatar ou à Shanghai ? Où est la promesse de l’école républicaine, quand la plus diplômée des générations se trouve déstabilisée dans le regard de parents qui ne saisissent pas comment leurs enfants n’ont pas pu faire mieux qu’eux ? Sachez que c’est dans la marginalisation de la jeunesse qu’il faut rechercher l’origine du sentiment confus de déclin du pays, qui l’amène à regarder sans cesse dans le rétroviseur pour nourrir la nostalgie de sa grandeur passée.

Déverrouiller le système, c’est éviter cette guerre des générations qui vient. Celle où l’actuelle demande des comptes à la précédente. Pour cela, nous demandons aux partis politiques de ménager enfin la possibilité aux jeunes citoyens de porter leurs idées dans le débat démocratique. À tous les Français, nous demandons de faire confiance à la jeunesse pour trouver des solutions innovantes à la crise de sens que nous connaissons. Aux jeunes, nous disons que le pays a besoin d’eux. La solution aux problèmes de la jeunesse réside aussi dans la jeunesse elle-même.

La jeunesse est un foyer de vie. Et cette vie, il faut la vivre, et non la subir. Et il y a de l’ouvrage : dans ce monde sans repères, où les grandes idéologies ont perdu leur rôle de référents. C’est un nouveau monde que l’humanité doit inventer. C’est le défi de notre génération. C’est l’enjeu qui s’impose à la jeunesse française qui devra écrire un chapitre du roman national, celui qui dit où nous allons et comment y aller ensemble. C’est elle, et personne d’autre, qui rendra à la France cet élan vital par lequel elle continuera à participer à la transformation du monde.

Rama Yade et Maxime Verner

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