Durant l’entre-deux tours de l’élection présidentielle, retrouvez du lundi au samedi à 20h mon journal de campagne en douze parties sur ce blog.

Vendredi 17 décembre 2010. L’heure des vacances, tiraillé entre les au-revoir et les préparat

ifs minimalistes de mon long séjour à Istanbul qui se profile pour mon échange universitaire. Je quitte mon école, le Celsa, le cœur lourd pour rejoindre la bibliothèque de Levallois. Depuis un an et demi que j’habite et étudie ici, j’attends le combat. Je ne ronronne pas, je poursuis mes engagements associatifs entrepris depuis mon plus jeune âge. Mais, l’étudiant engagé que je suis veut servir toujours plus. Pour ce(ux) que j’ai connu dans mon enfance, dans le village isérois de Grenay. Pour ce que j’ai appris et vécu avec ma famille, dans la ville de Bron. Pour ce(ux) que je vois désormais, dans la capitale. J’ai conservé le lien avec toutes mes expériences passées, et je suis totalement tourné vers l’avenir. Heureux de mon engagement, je ne le vois pas comme un chemin de croix, mais comme un épanouissement, un partage, une quête et une offrande.

Sur le chemin, quelques messages sur mon répondeur que j’écoute distraitement. Certains retiennent mon attention. Des journalistes et des responsables politiques m’appellent pour m’interroger et me féliciter de la loi sur l’éligibilité à 18 ans qui doit être débattue le lundi suivant à l’Assemblée. J’en étais à l’origine, j’avais rencontré chaque député, chaque sénateur intéressé, j’avais tapé aux portes de la République pour que la règle change, et que chaque citoyen puisse se présenter à toutes les élections.

Mais j’avais laissé cette loi au Conseil des ministres, un an et demi plus tôt. Juste avant d’entrer au Celsa, dans un été chaud qui promettait des printemps heureux. Il avait donc fallu attendre. Les spécialistes de ces questions m’assurent que quatre ans de travail n’est rien entre le lancement du combat et la promulgation de la loi, mais pour un jeune homme pressé, c’est toujours trop. Le jour de vote était arrivé, j’en étais heureux… et préoccupé !

Et si cette majorité politique, qui de toute évidence allait être votée puisque le gouvernement l’avais reprise à son compte dans un projet de loi organique, après le dépôt début 2009 de plusieurs propositions de loi par des députés de toutes tendances, ne donnait pas lieu au juste débat sur la place de la jeunesse dans la vie publique, sur sa représentation dans les institutions et les décisions ?

Et si cette loi n’ouvrait pas le champ à une nouvelle phase du combat pour une jeunesse libre, autonome, responsable, innovante, heureuse ? Et si la société française la considérait comme une loi de plus ? Si cette montagne d’efforts et de convictions donnait naissance à une souris législative, alors…

Mais je n’ai jamais compté parmi les rangs des « àquoibonnistes ». Le nihilisme, très peu pour moi. Je suis un pessimiste actif, je cherche toujours le moyen d’être le plus utile au collectif, de changer les choses, d’atteindre le réel. Le débat présidentiel avançait à grandes enjambées, ce

rendez-vous que les Français se donnent allait être l’occasion de faire entendre la voix de la jeunesse, de la faire écouter par les citoyens et par les élus, de lancer une véritable politique de la jeunesse et du lien entre les générations.

Pour cela, il n’y avait qu’une solution : se porter candidat à l’élection présidentielle. L’idée germait quand je relisais quelques textes, dans cette bibliothèque. Comme si ces vieux amis par papier-bible interposé que sont Chamfort, Nietzsche, Cioran ou Adorno allaient me souffler la réponse à mes questions. Comment agir ? Et c’est chez ce bon vieux marquis de Vauvenargues qu’elle me sauta aux yeux, à la gorge, au cœur : « La nécessité nous délivre de l’embarras du choix ».

Cette idée, qui paraitrait folle au quidam, avait pris racine en moi. Elle était en quelque sorte ce que j’attendais, le projet, l’idée, la quête que je recherchais. Comment être utile à la société, à l’avenir, comment combattre les injustices et donner à chacun les moyens de devenir soi-même ? En menant campagne à la présidence de la République !